Une merde

Je ne suis qu’une merde.

Le genre de merde qu’il faut éviter, parce qu’elle finit toujours, toujours par éclabousser.

Et pourtant je n’veux pas. Je lutte, mais perds toujours. Toujours.

Ma dégueulasserie n’est pas naturelle, elle n’est pas innée, même si elle est devenue inhérente à ma personne. Ma dégueulasserie, je l’ai vu, entendu, senti, goûté, touché, je l’ai apprise depuis ma plus tendre enfance. Je me suis petit à petit rempli de merde au contact d’autrui, dans la plupart de mes interactions sociales.
C’est comme ça que je suis devenu une merde. Une personne qui hurle sur les autres. Qui a un avis toujours plus intéressant, qui a des arguments pour tout et n’importe quoi. Et qui les impose. Qui a raison. Toujours. Qui n’a pas de problème mais qui montre aux autres qu’elles en ont. Beaucoup. Qui ne se trompe pas. Jamais. Qui dit aux autres quoi faire, et qui leur impose de le faire. En hurlant. En gesticulant. De manière virile.

Et puis j’ai commencé à me voir, à m’entendre, à me sentir, à me goûter, à me toucher. Et puis j’ai commencé à me dégoûter. A me vomir. Et puis j’ai commencé à me haïr.

Alors j’ai essayé de changer. De ne plus être ce trop plein de merde qui éclabousse tout le monde. C’est un combat long. Et dégueulasse. Parce que plus on se vide de sa merde, plus on voit toute celle qui reste. Et plus on se dégoûte. Et plus on se vomit. Et plus on se haït.

Alors pour survivre, il faut continuer. Vider la merde. Se vider. Parce que la merde, elle me compose. Elle est partout, dans toutes mes habitudes, dans tous mes gestes, dans toutes mes réactions. Dans chaque interaction sociale. Dans chaque pensée.
Pour la virer, il faut se remplir. Se remplir d’autres choses. D’autres choses de pas facile à trouver. Ni même à définir. Pendant que la merde est partout, facilement accessible.
Parfois, sans s’en rendre compte, on vide la merde, mais on se remplit avec de la merde. Et il faut recommencer à se vider.

Pendant ce temps-là, la vie continue. Je vis avec ma merde. J’éclabousse les autres. Je me dégoûte, je me vomis, je me haïs. De plus en plus. Alors même qu’il y a de moins en moins de merde. Mais on la voit plus, on l’entend plus, on la sent plus, on la goûte plus, on la touche plus. Moi comme les autres.
Parce que les autres s’habituent. Et me font confiance. Jusqu’au moment où la merde ressurgit. Et éclabousse tout le monde. Salement. Violemment. Et c’est d’autant plus violent que ça n’arrive plus très souvent. Parce que je continue à la vider moi toute cette merde. Mais qu’il en reste encore et toujours. Toujours.

Alors pour survivre, il faut continuer. Vider la merde. En espérant en venir à bout. En reconnaissant le mal qu’on fait aux autres. En acceptant les conséquences. Humblement, modestement.

 

Je ne suis qu’une merde.

Le genre de merde qui se dégoûte, qui se vomit, qui se haït.

Et pourtant je n’veux pas. Je lutte, mais perds toujours. Toujours.

 

 

 

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